En entrant dans cette jolie piéce
toute encombrée, avec ces hauts plafonds et ces vieilles boiseries, j'ai
eu comme un flash photographique et je me suis immédiatement souvenu de
la vieille librairie/papererie de San Martin Desvalles, petit village
de bord de mer, ou je passais mes vacances d'été 40 ans auparavant.
C'était surtout cette agréable odeur à bois qui m'avait plu et
impressionné. Je me suis aussitót souvenu de l'élégante silhouette de
Madame Cooper, Ia propriétaire de l'établissement et ancienne
institutrice de l'école du village. C'était une femme mince, de taille
moyenne, avec une voix et des airs lents et qui coquettement, ne
s'habillait qu'en blanc, gris et bleu. Elle devait avoir une soixantaine
d'années.
J'ignore pour quelle raison, mes parents et
moi arrivions toujours juste avant l'heure de la fermeture. Je me
dirigeais alors á l'endroit ou se trouvaient les livres d'aventure. Je
n'avais que 8 ans et je n'étais pas un grand lecteur, mais j'aimais ces
livres, bien que je regrettais toujours l'absence d'images. Je me
souviens que vers cette époque, fut éditée une grande collection de
contes et de romans qui avait justement les deux éléments. Je me
dirigeais donc, rapide comme une fléche, vers l'endroit
en
question et je lisais trés attentivement les titres. Peu aprés, je
disais à ma mére quel livre d'aventure je voulais. Quelquefois, pendant
que je passais trop de temps á regarder, lire et relire les titres des
livres sans décider lequel acheter, mes parents bavardaient patiemment
avec le mari de Mme. Cooper, alors que celle-ci s'approchait de moi avec
un sourire coquin:
-Y a-t-il un livre qui te plaise, Thomas? Elle me posait toujours la méme question avec les mémes mots.
- Pas encore, Mme cooper. Quoi que cette fois-cije crois que je choisirai:« Le voyage au centre de la terre »
- Je ne t'imaginais pas aussi aventurier.
-
Je ne le suis pas. J'aime me promener pour me distraire et pour
observer, mais je n'aime pas précisément l'aventure. peut-étre est-ce la
raison pour laquelle je choisirai ce livre, lui répondis-je avec un air
complaisant.
- Sürement, affirma-t-elle pendant qu'elle se
dirigeait sur le cóté droit de la boutique. Rappelle-toi que par ici il y
a d'autres livres avec des sujets différents. Nous avons surtout des
biographies.
- Oui, j'en ai déjá vues quelques unes. J'aime les
biographies de grands personnages, surtout de grands inventeurs et des
découvreurs.
- Et bien regarde, dit-elle contente. Nous venons
juste de recevoir la biographie de Benjamin Franklyn, l'inventeur du
paratonnerre. Et c'est d'autant plus curieux car le paratonnerre de
l'église vient tout juste d'étre réparé.
- Mme. Cooper, demanda ma mére, est-ce que Tomas a déjá choisi son livre? Car nous sommes un peu pressés.
- Je crois que oui, lui répondit-elle en me voyant montrer du doigt le livre de Jules Verne.
- Est-ce que votre petit fils Johnathan est arrivé? Lui demandais-je d,un ton peu convaincu et á voix basse.
- ll viendra la semaine prochaine. Lui aussi m'a demandé de tes nouvelles.
- C'est le meilleur ami que j'ai au village
- Il t'apprécie également beaucoup. Et vous avez des goüts semblables.
- Oui lui répondis-je. Avec lui, je ne m'ennuie pas tes aprés-midi.
-Mais et tes fréres et tes cousins? me dit-elle avec un tendre sourire.
- Ce n'est pas pareil. Ils sont plus ágés que moi.
- Et tes voisins, les fréres Necker?
-
Les fréres Necker sont insupportables, lui dis-je sur un ton plus
sérieux. Ils ne sont pas trés bien élevés et sont sans égards. Pourtant
leur mére est trés sympathique.
- C'est vrai, acquiesça ma mére qui la connaissait assez bien.
- L'autre jour, ils m'ont dit qu'ils savaient un secret morbide concernant le village.
- Morbide!? S'exclamérent mes parents.
-
Oui, mais je ne veux pas le connaitre et puis je sais bien qu'ils me le
diront tót ou tard. lls sont comme ça... toujours aussi considérés.
- Et qu'est-ce que ça peut bien étre? dit M. Cooper.
- N'aimerais-tu pas le savoir, Thomas? Maintenant que tu as un mois de vacances. C'est peut-étre important- dit Mme. Cooper.
- Peut-étre, me limitais-je á répondre.
- Tous les villages ont des secrets et des mystéres, ajouta Monsieur Cooper.
- Et ceux-ci sont plus faciles á découvrir car il y a moins de gens que dans les villes, ajouta Mme. Cooper.
-Ce serait amusant de découvrir le grand secret, dis-je avec un
certain air victorieux. Mais je ne m'imagine pas Sherlock Holmes- Et
ajoutais: qui serait mon fidèle assistant Watson?
Tous
se mirent à rire et moi aussi. Alors mon regard se dirigea vers
l'intel·ligente, la sensible, l'observatrice, Mme Cooper. Elle me
comprenait bien. Je n'étais comme les autres enfants, je me sentais
différent. Elle s'en aperçu tout de suite et elle m'aida pendant mes
années d'enfance et adolescence à San martin. Elle essaya que je fus
plus hereux au village. Et elle y parvint.
Merci, Mme Cooper.
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