En entrant dans cette jolie piéce
toute encombrée, avec ces hauts plafonds et ces vieilles boiseries, j'ai
eu comme un flash photographique et je me suis immédiatement souvenu de
la vieille librairie/papererie de San Martin Desvalles, petit village
de bord de mer, ou je passais mes vacances d'été 40 ans auparavant.
C'était surtout cette agréable odeur à bois qui m'avait plu et
impressionné. Je me suis aussitót souvenu de l'élégante silhouette de
Madame Cooper, Ia propriétaire de l'établissement et ancienne
institutrice de l'école du village. C'était une femme mince, de taille
moyenne, avec une voix et des airs lents et qui coquettement, ne
s'habillait qu'en blanc, gris et bleu. Elle devait avoir une soixantaine
d'années.
J'ignore pour quelle raison, mes parents et
moi arrivions toujours juste avant l'heure de la fermeture. Je me
dirigeais alors á l'endroit ou se trouvaient les livres d'aventure. Je
n'avais que 8 ans et je n'étais pas un grand lecteur, mais j'aimais ces
livres, bien que je regrettais toujours l'absence d'images. Je me
souviens que vers cette époque, fut éditée une grande collection de
contes et de romans qui avait justement les deux éléments. Je me
dirigeais donc, rapide comme une fléche, vers l'endroit
en
question et je lisais trés attentivement les titres. Peu aprés, je
disais à ma mére quel livre d'aventure je voulais. Quelquefois, pendant
que je passais trop de temps á regarder, lire et relire les titres des
livres sans décider lequel acheter, mes parents bavardaient patiemment
avec le mari de Mme. Cooper, alors que celle-ci s'approchait de moi avec
un sourire coquin:
-Y a-t-il un livre qui te plaise, Thomas? Elle me posait toujours la méme question avec les mémes mots.
- Pas encore, Mme cooper. Quoi que cette fois-cije crois que je choisirai:« Le voyage au centre de la terre »
- Je ne t'imaginais pas aussi aventurier.
-
Je ne le suis pas. J'aime me promener pour me distraire et pour
observer, mais je n'aime pas précisément l'aventure. peut-étre est-ce la
raison pour laquelle je choisirai ce livre, lui répondis-je avec un air
complaisant.
- Sürement, affirma-t-elle pendant qu'elle se
dirigeait sur le cóté droit de la boutique. Rappelle-toi que par ici il y
a d'autres livres avec des sujets différents. Nous avons surtout des
biographies.
- Oui, j'en ai déjá vues quelques unes. J'aime les
biographies de grands personnages, surtout de grands inventeurs et des
découvreurs.
- Et bien regarde, dit-elle contente. Nous venons
juste de recevoir la biographie de Benjamin Franklyn, l'inventeur du
paratonnerre. Et c'est d'autant plus curieux car le paratonnerre de
l'église vient tout juste d'étre réparé.
- Mme. Cooper, demanda ma mére, est-ce que Tomas a déjá choisi son livre? Car nous sommes un peu pressés.
- Je crois que oui, lui répondit-elle en me voyant montrer du doigt le livre de Jules Verne.
- Est-ce que votre petit fils Johnathan est arrivé? Lui demandais-je d,un ton peu convaincu et á voix basse.
- ll viendra la semaine prochaine. Lui aussi m'a demandé de tes nouvelles.
- C'est le meilleur ami que j'ai au village
- Il t'apprécie également beaucoup. Et vous avez des goüts semblables.
- Oui lui répondis-je. Avec lui, je ne m'ennuie pas tes aprés-midi.
-Mais et tes fréres et tes cousins? me dit-elle avec un tendre sourire.
- Ce n'est pas pareil. Ils sont plus ágés que moi.
- Et tes voisins, les fréres Necker?
-
Les fréres Necker sont insupportables, lui dis-je sur un ton plus
sérieux. Ils ne sont pas trés bien élevés et sont sans égards. Pourtant
leur mére est trés sympathique.
- C'est vrai, acquiesça ma mére qui la connaissait assez bien.
- L'autre jour, ils m'ont dit qu'ils savaient un secret morbide concernant le village.
- Morbide!? S'exclamérent mes parents.
-
Oui, mais je ne veux pas le connaitre et puis je sais bien qu'ils me le
diront tót ou tard. lls sont comme ça... toujours aussi considérés.
- Et qu'est-ce que ça peut bien étre? dit M. Cooper.
- N'aimerais-tu pas le savoir, Thomas? Maintenant que tu as un mois de vacances. C'est peut-étre important- dit Mme. Cooper.
- Peut-étre, me limitais-je á répondre.
- Tous les villages ont des secrets et des mystéres, ajouta Monsieur Cooper.
- Et ceux-ci sont plus faciles á découvrir car il y a moins de gens que dans les villes, ajouta Mme. Cooper.
-Ce serait amusant de découvrir le grand secret, dis-je avec un
certain air victorieux. Mais je ne m'imagine pas Sherlock Holmes- Et
ajoutais: qui serait mon fidèle assistant Watson?
Tous
se mirent à rire et moi aussi. Alors mon regard se dirigea vers
l'intel·ligente, la sensible, l'observatrice, Mme Cooper. Elle me
comprenait bien. Je n'étais comme les autres enfants, je me sentais
différent. Elle s'en aperçu tout de suite et elle m'aida pendant mes
années d'enfance et adolescence à San martin. Elle essaya que je fus
plus hereux au village. Et elle y parvint.
Merci, Mme Cooper.
domingo, 27 de enero de 2019
domingo, 20 de enero de 2019
LA DERNIERE CARTE ESPAGNOLE (MARK DEBREST)
Assis à l'ample terrasse de leur
domicile autour d'une table ronde, blanche et spacieuse, Mme Coote, dame
automnale aux cheveux rougeâtres qui s'habillait élégamment, regardait sa
petite-fille Lisa, une belle jeune de vingt ans, blonde et mince qui, parfois,
souffrait de subits accès de mauvaise humeur. Ensuite ses yeux se sont fixés
sur le fiancé de sa petite-fille. Il s'appelait Jeff et il était un beau jeune
fringant aux cheveux châtains et au regard étrange. Il tremblait un peu.
Sûrement les nerfs. C'était la première fois qu'on le lui présentait.
FIN
-Je
crois que j'ai inventé un nouveau jeu de cartes, Lisa –dit contente Mme Coote
qui se trouvait entre les deux jeunes.- Et si on jouait maintenant ?
-Maintenant
?, Aux cartes ? -répondit-elle étonnée.
-Et
pourquoi pas ? -répondit Jeff.
-Agité
comme tu es ? De plus, ce n'est pas des trucs de vieux ça ? -commenta Lisa un
peu nerveuse- Mais nous ne sommes que trois; ça serait très ennuyant. Si tu lui
disait à tante Magda, grand-mère ?
-Elle
est déjà très vieille. Laissons-la tranquille dans le salon. De plus, je crois
qu'elle dort.
-Eh
bien, trois personnes pour jouer c'est très ennuyant.-réaffirma-t-elle encore
plus énervée.
-Cela
n'est pas un problème. Appelons Askill, le valet. Lui, il aime jouer aux cartes
autant que moi.
-Je
l'appelle -dit Lisa apaisée.
Au
bout d'un moment il s'est présenté. C'était un homme d'âge moyen et de calvitie
prononcée; bien que son visage, creusé de rides, le faisait plus âgé de ce
qu'il était.
-Askill,
aimeriez-vous jouer aux cartes avec nous ?
-Madame...,
je ne sais pas si je dois...
-Oh, allez
Askill, arrêtez vos bêtises !, je sais que vous adorez jouer !
-D'accord
Mme Coote, vous êtes très aimable.
-Voilà
c'est parfait. Asseyez-vous devant moi, Askill.
-Oui,
Madame.
Lisa, qui se trouvait à gauche de sa
grand-mère, a pu voir la pendule qui était dans le salon. Elle indiquait, à ce
moment-là, quatre heures de l'après-midi.
-Nous
jouerons avec les cartes espagnoles. Je distribuerai cinq cartes à chacun -dit
Mme Coote.
-Cinq
? -dit Lisa étonnée.
-Oui,
Lisa, cinq. Bien que chaque partie n'aura que quatre tours. Ne m'interrompt pas
maintenant, je peux me distraire. Alors, le jeu se déroule de la manière
suivante : le premier joueur jouera la carte la plus basse; le deuxième doit
jouer une autre plus haute; le troisième encore plus haute et le quatrième la
plus haute possible. De cette façon le dernier joueur gagnera. Ensuite, on
additionnera les numéros de chaque carte et le gagnant aura tant de points. Si,
par exemple, le deuxième joueur jouait le même numéro que le premier et le
montrait, au moment de compter les points son numéro ne compterait pas. Et
voilà tout, compris ?
-Je
pense que oui, grand-mère.
-Et
toi, Jeff ?
-Parfaitement,
Madame.
-Askill
?
-Oui,
Madame.
-Eh
bien, commençons.
Mme Coote distribua les cinq cartes à chacun. Sa tante, Mme Magda Peters,
depuis son fauteuil, observa la réaction de chacun d'entre eux. Celle de sa
nièce, de contrariété; celle de son arrière-petite-nièce, de satisfaction;
Askill n'a démontré aucune émotion; celle du jeune Jeff, de sursaut.
-Enfin
-soupira Mme Coote-, le premier tour commence. Regardons bien les cartes. Avec
attention, avec beaucoup d'attention... Je jouerai en premier, d'accord ? Et
après Lisa, vous Askill et Jeff. Avec cet ordre là. Et celui qui gagnera,
jouera en premier. Rappelez-vous que les cartes doivent se montrer sur la
table, sauf la dernière.
Le premier tour s'est déroulé de la façon suivante : Mme Coote joua le deux de
bâtons; Lisa le quatre d'ors; Askill, le sept d'épées et Jeff, le huit d'ors.
Jeff gagna avec vingt-et-un points.
Le deuxième tour s'est déroulé de cette façon : Jeff joua le six d'ors; Mme
Coote, le six de bâtons; Lisa, le huit de coupes et Askill, le neuf d'ors. Askill gagna avec
vingt-trois points.
Le troisième tour a été le plus court : Askill montra le neuf d'épées; Mme
Coote, le trois de coupes; Lisa, le roi d'ors et Jeff, le valet d'épées. Lisa
gagna avec trente-quatre points.
Le quatrième tour fut le plus palpitant :
-Maintenant
ce serait moi qui devrait gagner, puisque vous avez déjà gagné une partie
chacun -dit Mme Coote en plaisantant.
-C'est
un jeu très particulier – commenta Lisa- Quand l'as-tu inventé ?
Mme Coote la regarda quelques instants et lui répondit d'une façon lente et
exagérément théâtrale:
-Ça fait
très peu...lors d'un de ces après-midi printaniers où l'on se sent seul et on
ne sais pas quoi faire...
Mme
Coote repris avec normalité :
-Alors,
on continue ?
-Oui,
grand-mère. Cette fois-ci c'est moi qui commence.
Lisa joua le roi d'épées; Mme Coote, le
quatre d'épées; Askill, le valet de coupes et Jeff le cavalier de bâtons. Lisa
gagna encore une fois avec trente-sept points. C'est elle qui dit surprise:
-J'ai
gagné deux parties et je ne peux pas le croire. Ce jeu est moins simple qu'il
ne le paraît, grand-mère. Mais il est très court. On ne peut pas jouer une
autre partie ?
-Non,
Lisa. Ce sera pour une autre fois. Vous devez encore me raconter le voyage que
vous avez fait à Paris –dit-elle d'un geste inquiet pendant qu'elle regardait
ses cartes.
-Un
autre jour vous aurez plus de chance, Mme Coote –dit Jeff pour la consoler.
-Et
croire que ce jeu est fruit de mon intellect. La prochaine fois je vous
gagnerai tous.
Les trois sourirent à cause de ce qu'elle avait dit. Ils n'ont pas montré la dernière
carte, et entre rires et bavardages ils n'ont pas demandé pourquoi il n'y avait
pas un cinquième tour.
Après, Askill s'est retiré. Mme Coote a parlé vivement avec les deux jeunes.
Vers sept heures ils sont partis.
Quand elle est retournée
à la terrasse, elle a rencontré sa tante, Mme Peters qui observait avec
curiosité tant les cartes retournées que celles qui ne l'étaient pas. La femme
octogénaire était grande, plutôt ronde, aux cheveux blancs, et s'habillait
sévèrement en gris.
* * *
-Tante,
après vous m'expliquerez ce jeu bizarre que vous avez inventé.
-Il
n'est pas bizarre, Patricia. C'est un jeu très pratique pour certaines
observations. Il les confirme.
-Je ne
vous comprends pas.
-Écoute
et tu le comprendras. Depuis le salon j'ai vu comment vous mangiez et après
vous jouiez. J'aime observer les gens... depuis toute petite. Et maintenant
retournons les cartes et je te dirai ce qu'elles “disent”.
-Vous
ne croyez pas à ce genre de choses, n'est-ce pas ? -dit-elle effrayée.
-Non,
non, ma chérie. Je les trouve dangereuses et antinaturelles. Je parle d'autres
choses bien plus simples. On n'a pas besoin d'être un illuminé ni d'étudier la
signification en elle-même. De plus, les cartes espagnoles sont inoffensives.
Celles que vous avez utilisées, c'est Michael, ton petit-fils, qui me les a
offertes, juste avant le divorce du prince Andrés... Bien -continua Mme Peters
qui regardait sa nièce un peu impatiente- tu veux que je commence par toi, ma
chérie ?
-Comme
vous voulez, tante.
Et
elle retourna la première carte.
-L'as
de coupes... -dit-elle, puis aussitôt elle réfléchit- Tu y allais fort, eh?
Bon... hum... je crois que tu as triché... ; même si je le comprends. Tous tes
numéros étaient bas.
-Vous
avez deviné. J'aurais du la jouer au premier tour, mais je ne l'ai pas fait.
-Ce que
je ne comprends pas c'est pourquoi tu devais être la deuxième à jouer. Ça
aurait été plus logique qu'après le gagnant, ce soit le joueur de sa gauche qui
joue, n'est-ce pas ? -Mme Peters fit une pause pour continuer- Ne le prends pas
mal, mais tu as toujours été un peu égoïste, Patricia.
-C'est
vrai, tante, mais vous devez le comprendre. Avec les numéros que j'avais,
qu'est-ce que vous vouliez ? Que je me ridiculise ?
-Mais
c'est seulement un jeu. Tu ne devrais pas le prendre comme ça.
-Oui,
je sais, mais je ne peux rien y faire.
-Enfin,
c'est la vie. En vérité tu avais des numéros très mauvais. Regardons maintenant
la carte de Lisa car je suis très intriguée.
Ce
qu'elle vit ne lui plut pas.
-Je le
craignais; elle a laissé le sept d'épées. Elle aurait pu le jouer au deuxième
tour, tu sais ? Mais je sais pourquoi elle ne l'a pas joué.
-Pourquoi ?
-Elle
a une phobie maladive des numéros impairs. Quand vous mangiez tous les trois,
tu ne t'es pas rendu compte comme elle était nerveuse ? J'ai failli me lever et
vous rejoindre.
-Tante,
vous allez pas me faire croire que c'est seulement à cause de ça...
-Non,
pas seulement à cause de ça; beaucoup d'autres choses, ma chérie, beaucoup
d'autres. J'ai vu son visage aujourd'hui et aussi celui d'il y a un mois lors
du repas qu'a préparé sa tante Violeta; Nous étions huit et elle était beaucoup
plus relâchée. Quand le plat de résistance est arrivé et j'ai vu les cuisses de
dinde, je me suis inquiétée. Tu sais bien qu'elle ne les aime pas trop; eh
bien, pour que Violeta en se vexe pas, elle a demandé deux petites cuisses, et
non pas une, qui aurait été le plus logique. Elle porte deux médaillons autour
du cou. Elle ne porte pas de montre. Elle mange toujours à des heures paires et
aujourd'hui ça n'a pas été une exception.
-C'est
vrai, nous avons mangé à deux heures.
-C'est
pour ça que je n'ai pas mangé avec vous, je suis désolée. Trop tard pour moi.
-Mais
tante, alors elle est malade !
-Oui,
très malade. J'ai parlé avec sa mère ça fait une semaine. Bientôt elle
commencera un traitement; ici, à Londres.
-Je ne
peux pas le croire -dit-elle stupéfiée.
-C'est
dur; mais elle est jeune. Je crois... je crois qu'elle va s'en sortir.
Mme Coote a pensé quelques instants à sa nièce. La vérité c'est qu'elle
remarquait quelque chose d'étrange en elle mais elle ne savait pas quoi. D'un
coup elle pensa à cette fois où Lisa avait subitement enlevé un de ses
colliers, celui de perles, et les avait comptées minutieusement. Elle s'était
mise en colère quand elle avait découvert qu'il y en avait trente-neuf. Elle
n'a plus jamais remis le collier et en a acheté un autre à sa place.
-Maintenant
c'est le tour d' Askill, tante –dit-elle un peu triste.
-Oui
-affirma Mme Peters qui vit la carte et resta silencieuse pendant quelques
secondes- Le valet de bâtons.... , lui aussi aurait pu le jouer; au dernier
tour, au lieu du valet de coupes. Comme il a souffert, le pauvre Askill ! Il
m'a expliqué que son enfance a été très pauvre, triste et malheureuse. Sa mère,
qu'il adorait, s'est suicidée. Il a eu une vie très dure. Pauvre homme.
Un silence angoissant se fit. Ce jeu était en train de devenir un cauchemar.
-Je ne
crois pas qu'il y ait quelque chose de tragique en Jeff -commenta Mme Coote
inquiète.
Mme
Peters la regarda tristement. Ensuite elle découvrit la dernière carte.
-J'aurais
dû l'imaginer. Coupes. Le quatre de coupes. C'est curieux.
-Je ne
comprends rien.
-Peut-être
tu n'as pas vu son visage quand tu as servi les boissons au dessert. Tu lui a
servi trois verres de cognac sans te rendre compte. Il les a acceptées.
Ensuite, presque machinalement, il allait se servir le quatrième. Je crois
qu'il a des problèmes avec l'alcool, ma chérie. Ses mains tremblaient, ses yeux
semblent malades, il a à peine mangé.
Elle fit
une pause pour ajouter comme s'il s'agissait d'une sentence.
-La
dernière carte est celle qui nous indique comment nous sommes ou comment nous
nous sentons.
-Je ne
crois pas à un telle monstruosité, tante -dit Mme Coote vexée.
-Le
temps me donnera raison.
-C'est
un jeu bien étrange. Vous êtes sûre que vous l'avez inventé ?
-Oui...-dit-elle
avec une voix un peu mystérieuse.
Mme
Peters observa sa nièce qui avait un regard provocant. C'est elle qui commenta:
-Je me
demande quelle carte auriez-vous laissé. Vous n'êtes pas égoïste, ni tricheuse;
ni maniaque; vous n'avez pas beaucoup souffert dans la vie; vous n'avez pas de
problème avec l'alcool. Vous devez bien avoir un défaut !
-Bien
sûr, comme tout le monde.
Mme
Coote demanda lentement :
-Et ça
serait quelle carte, tante ?
-Quand
nous ferons une autre partie tu le sauras peut-être. Mais c'est très clair. Sa
déduction doit être facile pour toi.
-"Facile
? -pensa Mme Coote- Peut-être l'as d'épées, car un cousin de tante Magda était
mort d'un coup de sabre pendant des émeutes en Inde, ou bien le deux d'ors qui
pouvait lui rappeler les deux pièces qu'elle avait comme bracelet et qu'elle
avait perdu ça faisait longtemps en lui causant un grand ennui”. La vérité
c'est qu'elle ne le savait pas. Et elle ne le saurait pas non plus, elle en
était convaincue.
-Et
que signifient, par exemple....les ors, signifient-ils quelque chose? -demanda
Mme Coote intriguée.
-Bien
sûr qu'ils veulent dire quelque chose -elle commença à dire lentement- Pour
toi, richesse et pouvoir; pour Lisa ce n'est qu'une couleur; pour Askill, par
contre, chaleur. Tu n'as pas vu la tête qu'il a fait quand il a joué le neuf
d'ors ? Pour lui c'étaient comme neuf soleils brûlants; quant à Jeff,
l'aventure, la recherche de l'impossible. Sa lutte.
Un
frisson d'angoisse s'est emparé de Mme Coote.
-Non,
ne continuez pas. C'est très dur ce que vous dites, tante.
Et
elle ajouta d'un ton sérieux et d'ennui :
-Je
préférerais ne pas savoir ce qu'elles veulent dire pour vous.
* * *
Le lendemain matin, Mme Peters s'est dirigée vers la terrasse comme presque
tous les jours et elle rencontra sa nièce qui prenait le petit-déjeuner. Le
ciel était un peu nuageux comme le jour précédent.
-Bonjour,
Patricia.
-Bonjour,
tante Magda. Tu veux prendre quelque chose ?
-Non,
merci. J'ai passé une mauvaise nuit.
Mme
Coote s'inquiéta :
-Vous
vous sentez bien, maintenant ?
-Beaucoup
mieux, merci. Tu sais, je pensais à ce que tu m'a dit hier. La carte que je
n'aurais pas montré. Je crois que tu es un peu fâchée avec moi, Patricia.
-Non,
ce n'est pas vrai.
-Oui,
tu l'es. Ça fait très longtemps que je te connais et peut-être sans me rendre
compte je le fais mal parfois. A vrai dire nous n'avons pas beaucoup de choses
en commun.
Et
elle ajouta explicitement :
-J'ai l'impression que tu es un peu jalouse de moi.
-Alors
comme ça, je serais jalouse maintenant ? -lui dit-elle très offensée- Et vous,
vous êtes libre de défauts ?
-Tu
vois ? Tu t'es rendue compte de ce qui nous est arrivé ? Nous nous sommes
disputées à nouveau. Il y a une certaine lutte entre nous. Je sais que,
parfois, je fais la maline et cela t'irrite. Alors tu m'attaques et moi
j’essaye de me défendre.
Mme
Peters a observé les yeux de sa nièce.
-Tu ne
devines pas de quelle carte s'agit-il ?
-Non,
tante.
Un
long silence, tendu et mystérieux s'établit.
-Il
s'agit.... du deux d'épées -dit Mme Peters.
Ensuite
elle ajouta :
-Je
déteste les discussions, Patricia; je ne les supporte pas. Je suis vieille, il
me reste peu d'années maintenant. Parfois mes airs de maline m'ont donné plus
d'un ennui sans le vouloir. De plus, j'ai offensé la personne que j'aime le
plus au monde sans me rendre compte; et cette personne c'est toi, ma chérie.
Mme
Coote la regarda un petit moment puis elle lui sourit. Ensuite elle lui dit
très émue:
-J'espère
et je désire que nous ne gardions jamais cette carte, ni vous ni moi, tante. À
ce propos -commenta-t-elle soudain- La semaine prochaine viennent mon neveu
Derek et sa femme. Nous pourrions rejouer, qu'est ce que vous en pensez ? Je
suis très intriguée de savoir quelle carte ils ne montreront pas.
-Bon...
tu vois....-hésita Mme Peters.
-Il se
passe quelque chose ?
-Oui,
justement ce soir j'ai eu l'idée d'un autre jeu, mais avec les cartes
françaises.
-Et je
peux savoir ce qu'il signifie ? -dit-elle curieuse.
-Non,
ma chérie -lui répondit-elle tendrement- attends à qu'ils viennent et quand
nous aurons fini la partie et qu'ils seront partis, tu le sauras.
lunes, 14 de enero de 2019
MERCI, MADAME COOPER (Mark Debrest)
En entrant dans cette jolie piéce
toute encombrée, avec ces hauts plafonds et ces vieilles boiseries, j'ai
eu comme un flash photographique et je me suis immédiatement souvenu de
la vieille librairie/papererie de San Martin Desvalles, petit village
de bord de mer, ou je passais mes vacances d'été 40 ans auparavant.
C'était surtout cette agréable odeur à bois qui m'avait plu et
impressionné. Je me suis aussitót souvenu de l'élégante silhouette de
Madame Cooper, Ia propriétaire de l'établissement et ancienne
institutrice de l'école du village. C'était une femme mince, de taille
moyenne, avec une voix et des airs lents et qui coquettement, ne
s'habillait qu'en blanc, gris et bleu. Elle devait avoir une soixantaine
d'années.
J'ignore pour quelle raison, mes parents et moi arrivions toujours juste avant l'heure de la fermeture. Je me dirigeais alors á l'endroit ou se trouvaient les livres d'aventure. Je n'avais que 8 ans et je n'étais pas un grand lecteur, mais j'aimais ces livres, bien que je regrettais toujours l'absence d'images. Je me souviens que vers cette époque, fut éditée une grande collection de contes et de romans qui avait justement les deux éléments. Je me dirigeais donc, rapide comme une fléche, vers l'endroit
en question et je lisais trés attentivement les titres. Peu aprés, je disais à ma mére quel livre d'aventure je voulais. Quelquefois, pendant que je passais trop de temps á regarder, lire et relire les titres des livres sans décider lequel acheter, mes parents bavardaient patiemment avec le mari de Mme. Cooper, alors que celle-ci s'approchait de moi avec un sourire coquin:
-Y a-t-il un livre qui te plaise, Thomas? Elle me posait toujours la méme question avec les mémes mots.
- Pas encore, Mme cooper. Quoi que cette fois-cije crois que je choisirai:« Le voyage au centre de la terre »
- Je ne t'imaginais pas aussi aventurier.
- Je ne le suis pas. J'aime me promener pour me distraire et pour observer, mais je n'aime pas précisément l'aventure. peut-étre est-ce la raison pour laquelle je choisirai ce livre, lui répondis-je avec un air complaisant.
- Sürement, affirma-t-elle pendant qu'elle se dirigeait sur le cóté droit de la boutique. Rappelle-toi que par ici il y a d'autres livres avec des sujets différents. Nous avons surtout des biographies.
- Oui, j'en ai déjá vues quelques unes. J'aime les biographies de grands personnages, surtout de grands inventeurs et des découvreurs.
- Et bien regarde, dit-elle contente. Nous venons juste de recevoir la biographie de Benjamin Franklyn, l'inventeur du paratonnerre. Et c'est d'autant plus curieux car le paratonnerre de l'église vient tout juste d'étre réparé.
- Mme. Cooper, demanda ma mére, est-ce que Tomas a déjá choisi son livre? Car nous sommes un peu pressés.
- Je crois que oui, lui répondit-elle en me voyant montrer du doigt le livre de Jules Verne.
- Est-ce que votre petit fils Johnathan est arrivé? Lui demandais-je d,un ton peu convaincu et á voix basse.
- ll viendra la semaine prochaine. Lui aussi m'a demandé de tes nouvelles.
- C'est le meilleur ami que j'ai au village
- Il t'apprécie également beaucoup. Et vous avez des goüts semblables.
- Oui lui répondis-je. Avec lui, je ne m'ennuie pas tes aprés-midi.
-Mais et tes fréres et tes cousins? me dit-elle avec un tendre sourire.
- Ce n'est pas pareil. Ils sont plus ágés que moi.
- Et tes voisins, les fréres Necker?
- Les fréres Necker sont insupportables, lui dis-je sur un ton plus sérieux. Ils ne sont pas trés bien élevés et sont sans égards. Pourtant leur mére est trés sympathique.
- C'est vrai, acquiesça ma mére qui la connaissait assez bien.
- L'autre jour, ils m'ont dit qu'ils savaient un secret morbide concernant le village.
- Morbide!? S'exclamérent mes parents.
- Oui, mais je ne veux pas le connaitre et puis je sais bien qu'ils me le diront tót ou tard. lls sont comme ça... toujours aussi considérés.
- Et qu'est-ce que ça peut bien étre? dit M. Cooper.
- N'aimerais-tu pas le savoir, Thomas? Maintenant que tu as un mois de vacances. C'est peut-étre important- dit Mme. Cooper.
- Peut-étre, me limitais-je á répondre.
- Tous les villages ont des secrets et des mystéres, ajouta Monsieur Cooper.
- Et ceux-ci sont plus faciles á découvrir car il y a moins de gens que dans les villes, ajouta Mme. Cooper.
-Ce serait amusant de découvrir le grand secret, dis-je avec un certain air victorieux. Mais je ne m'imagine pas Sherlock Holmes- Et ajoutais: qui serait mon fidèle assistant Watson?
Tous se mirent à rire et moi aussi. Alors mon regard se dirigea vers l'intel·ligente, la sensible, l'observatrice, Mme Cooper. Elle me comprenait bien. Je n'étais comme les autres enfants, je me sentais différent. Elle s'en aperçu tout de suite et elle m'aida pendant mes années d'enfance et adolescence à San martin. Elle essaya que je fus plus hereux au village. Et elle y parvint.
Merci, Mme Cooper.
J'ignore pour quelle raison, mes parents et moi arrivions toujours juste avant l'heure de la fermeture. Je me dirigeais alors á l'endroit ou se trouvaient les livres d'aventure. Je n'avais que 8 ans et je n'étais pas un grand lecteur, mais j'aimais ces livres, bien que je regrettais toujours l'absence d'images. Je me souviens que vers cette époque, fut éditée une grande collection de contes et de romans qui avait justement les deux éléments. Je me dirigeais donc, rapide comme une fléche, vers l'endroit
en question et je lisais trés attentivement les titres. Peu aprés, je disais à ma mére quel livre d'aventure je voulais. Quelquefois, pendant que je passais trop de temps á regarder, lire et relire les titres des livres sans décider lequel acheter, mes parents bavardaient patiemment avec le mari de Mme. Cooper, alors que celle-ci s'approchait de moi avec un sourire coquin:
-Y a-t-il un livre qui te plaise, Thomas? Elle me posait toujours la méme question avec les mémes mots.
- Pas encore, Mme cooper. Quoi que cette fois-cije crois que je choisirai:« Le voyage au centre de la terre »
- Je ne t'imaginais pas aussi aventurier.
- Je ne le suis pas. J'aime me promener pour me distraire et pour observer, mais je n'aime pas précisément l'aventure. peut-étre est-ce la raison pour laquelle je choisirai ce livre, lui répondis-je avec un air complaisant.
- Sürement, affirma-t-elle pendant qu'elle se dirigeait sur le cóté droit de la boutique. Rappelle-toi que par ici il y a d'autres livres avec des sujets différents. Nous avons surtout des biographies.
- Oui, j'en ai déjá vues quelques unes. J'aime les biographies de grands personnages, surtout de grands inventeurs et des découvreurs.
- Et bien regarde, dit-elle contente. Nous venons juste de recevoir la biographie de Benjamin Franklyn, l'inventeur du paratonnerre. Et c'est d'autant plus curieux car le paratonnerre de l'église vient tout juste d'étre réparé.
- Mme. Cooper, demanda ma mére, est-ce que Tomas a déjá choisi son livre? Car nous sommes un peu pressés.
- Je crois que oui, lui répondit-elle en me voyant montrer du doigt le livre de Jules Verne.
- Est-ce que votre petit fils Johnathan est arrivé? Lui demandais-je d,un ton peu convaincu et á voix basse.
- ll viendra la semaine prochaine. Lui aussi m'a demandé de tes nouvelles.
- C'est le meilleur ami que j'ai au village
- Il t'apprécie également beaucoup. Et vous avez des goüts semblables.
- Oui lui répondis-je. Avec lui, je ne m'ennuie pas tes aprés-midi.
-Mais et tes fréres et tes cousins? me dit-elle avec un tendre sourire.
- Ce n'est pas pareil. Ils sont plus ágés que moi.
- Et tes voisins, les fréres Necker?
- Les fréres Necker sont insupportables, lui dis-je sur un ton plus sérieux. Ils ne sont pas trés bien élevés et sont sans égards. Pourtant leur mére est trés sympathique.
- C'est vrai, acquiesça ma mére qui la connaissait assez bien.
- L'autre jour, ils m'ont dit qu'ils savaient un secret morbide concernant le village.
- Morbide!? S'exclamérent mes parents.
- Oui, mais je ne veux pas le connaitre et puis je sais bien qu'ils me le diront tót ou tard. lls sont comme ça... toujours aussi considérés.
- Et qu'est-ce que ça peut bien étre? dit M. Cooper.
- N'aimerais-tu pas le savoir, Thomas? Maintenant que tu as un mois de vacances. C'est peut-étre important- dit Mme. Cooper.
- Peut-étre, me limitais-je á répondre.
- Tous les villages ont des secrets et des mystéres, ajouta Monsieur Cooper.
- Et ceux-ci sont plus faciles á découvrir car il y a moins de gens que dans les villes, ajouta Mme. Cooper.
-Ce serait amusant de découvrir le grand secret, dis-je avec un certain air victorieux. Mais je ne m'imagine pas Sherlock Holmes- Et ajoutais: qui serait mon fidèle assistant Watson?
Tous se mirent à rire et moi aussi. Alors mon regard se dirigea vers l'intel·ligente, la sensible, l'observatrice, Mme Cooper. Elle me comprenait bien. Je n'étais comme les autres enfants, je me sentais différent. Elle s'en aperçu tout de suite et elle m'aida pendant mes années d'enfance et adolescence à San martin. Elle essaya que je fus plus hereux au village. Et elle y parvint.
Merci, Mme Cooper.
jueves, 3 de enero de 2019
LA DERNIERE CARTE ESPAGNOLE (Mark Debrest)
Assis à l'ample terrasse de leur
domicile autour d'une table ronde, blanche et spacieuse, Mme Coote, dame
automnale aux cheveux rougeâtres qui s'habillait élégamment, regardait sa
petite-fille Lisa, une belle jeune de vingt ans, blonde et mince qui, parfois,
souffrait de subits accès de mauvaise humeur. Ensuite ses yeux se sont fixés
sur le fiancé de sa petite-fille. Il s'appelait Jeff et il était un beau jeune
fringant aux cheveux châtains et au regard étrange. Il tremblait un peu.
Sûrement les nerfs. C'était la première fois qu'on le lui présentait.
FIN
-Je
crois que j'ai inventé un nouveau jeu de cartes, Lisa –dit contente Mme Coote
qui se trouvait entre les deux jeunes.- Et si on jouait maintenant ?
-Maintenant
?, Aux cartes ? -répondit-elle étonnée.
-Et
pourquoi pas ? -répondit Jeff.
-Agité
comme tu es ? De plus, ce n'est pas des trucs de vieux ça ? -commenta Lisa un
peu nerveuse- Mais nous ne sommes que trois; ça serait très ennuyant. Si tu lui
disait à tante Magda, grand-mère ?
-Elle
est déjà très vieille. Laissons-la tranquille dans le salon. De plus, je crois
qu'elle dort.
-Eh
bien, trois personnes pour jouer c'est très ennuyant.-réaffirma-t-elle encore
plus énervée.
-Cela
n'est pas un problème. Appelons Askill, le valet. Lui, il aime jouer aux cartes
autant que moi.
-Je
l'appelle -dit Lisa apaisée.
Au
bout d'un moment il s'est présenté. C'était un homme d'âge moyen et de calvitie
prononcée; bien que son visage, creusé de rides, le faisait plus âgé de ce
qu'il était.
-Askill,
aimeriez-vous jouer aux cartes avec nous ?
-Madame...,
je ne sais pas si je dois...
-Oh, allez
Askill, arrêtez vos bêtises !, je sais que vous adorez jouer !
-D'accord
Mme Coote, vous êtes très aimable.
-Voilà
c'est parfait. Asseyez-vous devant moi, Askill.
-Oui,
Madame.
Lisa, qui se trouvait à gauche de sa
grand-mère, a pu voir la pendule qui était dans le salon. Elle indiquait, à ce
moment-là, quatre heures de l'après-midi.
-Nous
jouerons avec les cartes espagnoles. Je distribuerai cinq cartes à chacun -dit
Mme Coote.
-Cinq
? -dit Lisa étonnée.
-Oui,
Lisa, cinq. Bien que chaque partie n'aura que quatre tours. Ne m'interrompt pas
maintenant, je peux me distraire. Alors, le jeu se déroule de la manière
suivante : le premier joueur jouera la carte la plus basse; le deuxième doit
jouer une autre plus haute; le troisième encore plus haute et le quatrième la
plus haute possible. De cette façon le dernier joueur gagnera. Ensuite, on
additionnera les numéros de chaque carte et le gagnant aura tant de points. Si,
par exemple, le deuxième joueur jouait le même numéro que le premier et le
montrait, au moment de compter les points son numéro ne compterait pas. Et
voilà tout, compris ?
-Je
pense que oui, grand-mère.
-Et
toi, Jeff ?
-Parfaitement,
Madame.
-Askill
?
-Oui,
Madame.
-Eh
bien, commençons.
Mme Coote distribua les cinq cartes à chacun. Sa tante, Mme Magda Peters,
depuis son fauteuil, observa la réaction de chacun d'entre eux. Celle de sa
nièce, de contrariété; celle de son arrière-petite-nièce, de satisfaction;
Askill n'a démontré aucune émotion; celle du jeune Jeff, de sursaut.
-Enfin
-soupira Mme Coote-, le premier tour commence. Regardons bien les cartes. Avec
attention, avec beaucoup d'attention... Je jouerai en premier, d'accord ? Et
après Lisa, vous Askill et Jeff. Avec cet ordre là. Et celui qui gagnera,
jouera en premier. Rappelez-vous que les cartes doivent se montrer sur la
table, sauf la dernière.
Le premier tour s'est déroulé de la façon suivante : Mme Coote joua le deux de
bâtons; Lisa le quatre d'ors; Askill, le sept d'épées et Jeff, le huit d'ors.
Jeff gagna avec vingt-et-un points.
Le deuxième tour s'est déroulé de cette façon : Jeff joua le six d'ors; Mme
Coote, le six de bâtons; Lisa, le huit de coupes et Askill, le neuf d'ors. Askill gagna avec
vingt-trois points.
Le troisième tour a été le plus court : Askill montra le neuf d'épées; Mme
Coote, le trois de coupes; Lisa, le roi d'ors et Jeff, le valet d'épées. Lisa
gagna avec trente-quatre points.
Le quatrième tour fut le plus palpitant :
-Maintenant
ce serait moi qui devrait gagner, puisque vous avez déjà gagné une partie
chacun -dit Mme Coote en plaisantant.
-C'est
un jeu très particulier – commenta Lisa- Quand l'as-tu inventé ?
Mme Coote la regarda quelques instants et lui répondit d'une façon lente et
exagérément théâtrale:
-Ça fait
très peu...lors d'un de ces après-midi printaniers où l'on se sent seul et on
ne sais pas quoi faire...
Mme
Coote repris avec normalité :
-Alors,
on continue ?
-Oui,
grand-mère. Cette fois-ci c'est moi qui commence.
Lisa joua le roi d'épées; Mme Coote, le
quatre d'épées; Askill, le valet de coupes et Jeff le cavalier de bâtons. Lisa
gagna encore une fois avec trente-sept points. C'est elle qui dit surprise:
-J'ai
gagné deux parties et je ne peux pas le croire. Ce jeu est moins simple qu'il
ne le paraît, grand-mère. Mais il est très court. On ne peut pas jouer une
autre partie ?
-Non,
Lisa. Ce sera pour une autre fois. Vous devez encore me raconter le voyage que
vous avez fait à Paris –dit-elle d'un geste inquiet pendant qu'elle regardait
ses cartes.
-Un
autre jour vous aurez plus de chance, Mme Coote –dit Jeff pour la consoler.
-Et
croire que ce jeu est fruit de mon intellect. La prochaine fois je vous
gagnerai tous.
Les trois sourirent à cause de ce qu'elle avait dit. Ils n'ont pas montré la dernière
carte, et entre rires et bavardages ils n'ont pas demandé pourquoi il n'y avait
pas un cinquième tour.
Après, Askill s'est retiré. Mme Coote a parlé vivement avec les deux jeunes.
Vers sept heures ils sont partis.
Quand elle est retournée
à la terrasse, elle a rencontré sa tante, Mme Peters qui observait avec
curiosité tant les cartes retournées que celles qui ne l'étaient pas. La femme
octogénaire était grande, plutôt ronde, aux cheveux blancs, et s'habillait
sévèrement en gris.
* * *
-Tante,
après vous m'expliquerez ce jeu bizarre que vous avez inventé.
-Il
n'est pas bizarre, Patricia. C'est un jeu très pratique pour certaines
observations. Il les confirme.
-Je ne
vous comprends pas.
-Écoute
et tu le comprendras. Depuis le salon j'ai vu comment vous mangiez et après
vous jouiez. J'aime observer les gens... depuis toute petite. Et maintenant
retournons les cartes et je te dirai ce qu'elles “disent”.
-Vous
ne croyez pas à ce genre de choses, n'est-ce pas ? -dit-elle effrayée.
-Non,
non, ma chérie. Je les trouve dangereuses et antinaturelles. Je parle d'autres
choses bien plus simples. On n'a pas besoin d'être un illuminé ni d'étudier la
signification en elle-même. De plus, les cartes espagnoles sont inoffensives.
Celles que vous avez utilisées, c'est Michael, ton petit-fils, qui me les a
offertes, juste avant le divorce du prince Andrés... Bien -continua Mme Peters
qui regardait sa nièce un peu impatiente- tu veux que je commence par toi, ma
chérie ?
-Comme
vous voulez, tante.
Et
elle retourna la première carte.
-L'as
de coupes... -dit-elle, puis aussitôt elle réfléchit- Tu y allais fort, eh?
Bon... hum... je crois que tu as triché... ; même si je le comprends. Tous tes
numéros étaient bas.
-Vous
avez deviné. J'aurais du la jouer au premier tour, mais je ne l'ai pas fait.
-Ce que
je ne comprends pas c'est pourquoi tu devais être la deuxième à jouer. Ça
aurait été plus logique qu'après le gagnant, ce soit le joueur de sa gauche qui
joue, n'est-ce pas ? -Mme Peters fit une pause pour continuer- Ne le prends pas
mal, mais tu as toujours été un peu égoïste, Patricia.
-C'est
vrai, tante, mais vous devez le comprendre. Avec les numéros que j'avais,
qu'est-ce que vous vouliez ? Que je me ridiculise ?
-Mais
c'est seulement un jeu. Tu ne devrais pas le prendre comme ça.
-Oui,
je sais, mais je ne peux rien y faire.
-Enfin,
c'est la vie. En vérité tu avais des numéros très mauvais. Regardons maintenant
la carte de Lisa car je suis très intriguée.
Ce
qu'elle vit ne lui plut pas.
-Je le
craignais; elle a laissé le sept d'épées. Elle aurait pu le jouer au deuxième
tour, tu sais ? Mais je sais pourquoi elle ne l'a pas joué.
-Pourquoi ?
-Elle
a une phobie maladive des numéros impairs. Quand vous mangiez tous les trois,
tu ne t'es pas rendu compte comme elle était nerveuse ? J'ai failli me lever et
vous rejoindre.
-Tante,
vous allez pas me faire croire que c'est seulement à cause de ça...
-Non,
pas seulement à cause de ça; beaucoup d'autres choses, ma chérie, beaucoup
d'autres. J'ai vu son visage aujourd'hui et aussi celui d'il y a un mois lors
du repas qu'a préparé sa tante Violeta; Nous étions huit et elle était beaucoup
plus relâchée. Quand le plat de résistance est arrivé et j'ai vu les cuisses de
dinde, je me suis inquiétée. Tu sais bien qu'elle ne les aime pas trop; eh
bien, pour que Violeta en se vexe pas, elle a demandé deux petites cuisses, et
non pas une, qui aurait été le plus logique. Elle porte deux médaillons autour
du cou. Elle ne porte pas de montre. Elle mange toujours à des heures paires et
aujourd'hui ça n'a pas été une exception.
-C'est
vrai, nous avons mangé à deux heures.
-C'est
pour ça que je n'ai pas mangé avec vous, je suis désolée. Trop tard pour moi.
-Mais
tante, alors elle est malade !
-Oui,
très malade. J'ai parlé avec sa mère ça fait une semaine. Bientôt elle
commencera un traitement; ici, à Londres.
-Je ne
peux pas le croire -dit-elle stupéfiée.
-C'est
dur; mais elle est jeune. Je crois... je crois qu'elle va s'en sortir.
Mme Coote a pensé quelques instants à sa nièce. La vérité c'est qu'elle
remarquait quelque chose d'étrange en elle mais elle ne savait pas quoi. D'un
coup elle pensa à cette fois où Lisa avait subitement enlevé un de ses
colliers, celui de perles, et les avait comptées minutieusement. Elle s'était
mise en colère quand elle avait découvert qu'il y en avait trente-neuf. Elle
n'a plus jamais remis le collier et en a acheté un autre à sa place.
-Maintenant
c'est le tour d' Askill, tante –dit-elle un peu triste.
-Oui
-affirma Mme Peters qui vit la carte et resta silencieuse pendant quelques
secondes- Le valet de bâtons.... , lui aussi aurait pu le jouer; au dernier
tour, au lieu du valet de coupes. Comme il a souffert, le pauvre Askill ! Il
m'a expliqué que son enfance a été très pauvre, triste et malheureuse. Sa mère,
qu'il adorait, s'est suicidée. Il a eu une vie très dure. Pauvre homme.
Un silence angoissant se fit. Ce jeu était en train de devenir un cauchemar.
-Je ne
crois pas qu'il y ait quelque chose de tragique en Jeff -commenta Mme Coote
inquiète.
Mme
Peters la regarda tristement. Ensuite elle découvrit la dernière carte.
-J'aurais
dû l'imaginer. Coupes. Le quatre de coupes. C'est curieux.
-Je ne
comprends rien.
-Peut-être
tu n'as pas vu son visage quand tu as servi les boissons au dessert. Tu lui a
servi trois verres de cognac sans te rendre compte. Il les a acceptées.
Ensuite, presque machinalement, il allait se servir le quatrième. Je crois
qu'il a des problèmes avec l'alcool, ma chérie. Ses mains tremblaient, ses yeux
semblent malades, il a à peine mangé.
Elle fit
une pause pour ajouter comme s'il s'agissait d'une sentence.
-La
dernière carte est celle qui nous indique comment nous sommes ou comment nous
nous sentons.
-Je ne
crois pas à un telle monstruosité, tante -dit Mme Coote vexée.
-Le
temps me donnera raison.
-C'est
un jeu bien étrange. Vous êtes sûre que vous l'avez inventé ?
-Oui...-dit-elle
avec une voix un peu mystérieuse.
Mme
Peters observa sa nièce qui avait un regard provocant. C'est elle qui commenta:
-Je me
demande quelle carte auriez-vous laissé. Vous n'êtes pas égoïste, ni tricheuse;
ni maniaque; vous n'avez pas beaucoup souffert dans la vie; vous n'avez pas de
problème avec l'alcool. Vous devez bien avoir un défaut !
-Bien
sûr, comme tout le monde.
Mme
Coote demanda lentement :
-Et ça
serait quelle carte, tante ?
-Quand
nous ferons une autre partie tu le sauras peut-être. Mais c'est très clair. Sa
déduction doit être facile pour toi.
-"Facile
? -pensa Mme Coote- Peut-être l'as d'épées, car un cousin de tante Magda était
mort d'un coup de sabre pendant des émeutes en Inde, ou bien le deux d'ors qui
pouvait lui rappeler les deux pièces qu'elle avait comme bracelet et qu'elle
avait perdu ça faisait longtemps en lui causant un grand ennui”. La vérité
c'est qu'elle ne le savait pas. Et elle ne le saurait pas non plus, elle en
était convaincue.
-Et
que signifient, par exemple....les ors, signifient-ils quelque chose? -demanda
Mme Coote intriguée.
-Bien
sûr qu'ils veulent dire quelque chose -elle commença à dire lentement- Pour
toi, richesse et pouvoir; pour Lisa ce n'est qu'une couleur; pour Askill, par
contre, chaleur. Tu n'as pas vu la tête qu'il a fait quand il a joué le neuf
d'ors ? Pour lui c'étaient comme neuf soleils brûlants; quant à Jeff,
l'aventure, la recherche de l'impossible. Sa lutte.
Un
frisson d'angoisse s'est emparé de Mme Coote.
-Non,
ne continuez pas. C'est très dur ce que vous dites, tante.
Et
elle ajouta d'un ton sérieux et d'ennui :
-Je
préférerais ne pas savoir ce qu'elles veulent dire pour vous.
* * *
Le lendemain matin, Mme Peters s'est dirigée vers la terrasse comme presque
tous les jours et elle rencontra sa nièce qui prenait le petit-déjeuner. Le
ciel était un peu nuageux comme le jour précédent.
-Bonjour,
Patricia.
-Bonjour,
tante Magda. Tu veux prendre quelque chose ?
-Non,
merci. J'ai passé une mauvaise nuit.
Mme
Coote s'inquiéta :
-Vous
vous sentez bien, maintenant ?
-Beaucoup
mieux, merci. Tu sais, je pensais à ce que tu m'a dit hier. La carte que je
n'aurais pas montré. Je crois que tu es un peu fâchée avec moi, Patricia.
-Non,
ce n'est pas vrai.
-Oui,
tu l'es. Ça fait très longtemps que je te connais et peut-être sans me rendre
compte je le fais mal parfois. A vrai dire nous n'avons pas beaucoup de choses
en commun.
Et
elle ajouta explicitement :
-J'ai l'impression que tu es un peu jalouse de moi.
-Alors
comme ça, je serais jalouse maintenant ? -lui dit-elle très offensée- Et vous,
vous êtes libre de défauts ?
-Tu
vois ? Tu t'es rendue compte de ce qui nous est arrivé ? Nous nous sommes
disputées à nouveau. Il y a une certaine lutte entre nous. Je sais que,
parfois, je fais la maline et cela t'irrite. Alors tu m'attaques et moi
j’essaye de me défendre.
Mme
Peters a observé les yeux de sa nièce.
-Tu ne
devines pas de quelle carte s'agit-il ?
-Non,
tante.
Un
long silence, tendu et mystérieux s'établit.
-Il
s'agit.... du deux d'épées -dit Mme Peters.
Ensuite
elle ajouta :
-Je
déteste les discussions, Patricia; je ne les supporte pas. Je suis vieille, il
me reste peu d'années maintenant. Parfois mes airs de maline m'ont donné plus
d'un ennui sans le vouloir. De plus, j'ai offensé la personne que j'aime le
plus au monde sans me rendre compte; et cette personne c'est toi, ma chérie.
Mme
Coote la regarda un petit moment puis elle lui sourit. Ensuite elle lui dit
très émue:
-J'espère
et je désire que nous ne gardions jamais cette carte, ni vous ni moi, tante. À
ce propos -commenta-t-elle soudain- La semaine prochaine viennent mon neveu
Derek et sa femme. Nous pourrions rejouer, qu'est ce que vous en pensez ? Je
suis très intriguée de savoir quelle carte ils ne montreront pas.
-Bon...
tu vois....-hésita Mme Peters.
-Il se
passe quelque chose ?
-Oui,
justement ce soir j'ai eu l'idée d'un autre jeu, mais avec les cartes
françaises.
-Et je
peux savoir ce qu'il signifie ? -dit-elle curieuse.
-Non,
ma chérie -lui répondit-elle tendrement- attends à qu'ils viennent et quand
nous aurons fini la partie et qu'ils seront partis, tu le sauras.
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